Télétravailler, c'est brancher un ordinateur de l'entreprise sur la box familiale, à côté de la console et du téléviseur connecté. Voici comment équiper et sécuriser ce poste selon l'ANSSI, la CNIL et Cybermalveillance.gouv.fr, ce que prévoit le Code du travail, le forfait admis par l'Urssaf en 2026, et une checklist avant le premier jour.

5 minutesInactivité maximale avant le verrouillage automatique du poste (ANSSI)
2,70 € par jourAllocation télétravail exonérée de cotisations en 2026, sans accord collectif
14 octobre 2025Fin du support de Windows 10 : un PC personnel resté sous ce système est à écarter

01L'ordinateur : celui de l'entreprise

Cybermalveillance.gouv.fr recommande aux employeurs de privilégier des moyens « mis à disposition, sécurisés et maîtrisés » par l'organisation, car les équipements personnels « ne pourront jamais avoir un niveau de sécurité vérifiable » (« La sécurisation du télétravail », mise à jour le 9 juin 2026). Pour l'ANSSI, dans ses recommandations sur le nomadisme numérique (version 2.0, novembre 2023), leur utilisation « est à proscrire ». À l'inverse, l'ordinateur professionnel ne sert pas à la famille.

Sur un PC personnel, l'employeur reste responsable de la sécurité des données personnelles qu'il traite, sans pouvoir accéder librement aux données privées du salarié (CNIL, questions-réponses sur le télétravail, 12 novembre 2020). Un PC resté sous Windows 10, dont le support a pris fin le 14 octobre 2025 (Microsoft), est à écarter.

Un portable « n'est pas adapté à du travail de longue durée », note l'INRS (« Télétravail : prévenir les risques », mis à jour le 24 août 2022) : reliez-le à un écran, ou surélevez-le, avec un clavier déporté et une souris sans fil.

02Se connecter aux outils de l'entreprise

Où sont vos outils Comment s'y connecter Protection indispensable
Sur un serveur au bureau (fichiers, logiciel métier) Par un VPN, tunnel chiffré entre l'ordinateur et le réseau de l'entreprise Double authentification sur le VPN
En ligne (Microsoft 365, Google Workspace…) Par le navigateur ou l'application Double authentification sur chaque compte

Cybermalveillance.gouv.fr recommande de systématiser le VPN, avec double authentification, et de limiter par un pare-feu les accès distants, comme le bureau à distance (RDP), « aux seules personnes et services indispensables ». La CNIL recommande aussi la double authentification « sur les services accessibles à distance » (conseils aux employeurs, 12 mai 2020). Voir notre article sur la double authentification.

Attention

Les rançongiciels passent généralement par les accès à distance ou par l'équipement compromis d'un collaborateur, observe Cybermalveillance.gouv.fr (recommandations pour le télétravail, mises à jour le 9 juin 2022).

03Le Wi-Fi de la maison

La CNIL conseille aux salariés (bonnes pratiques en télétravail, 12 mai 2020) de changer le mot de passe d'administration de la box s'il est faible, de mettre à jour son logiciel, de chiffrer le Wi-Fi en WPA2 ou WPA3 avec un mot de passe long, d'une vingtaine de caractères selon l'ANSSI, et de désactiver le WPS, la connexion par simple appui sur un bouton.

Restent les objets connectés de la famille. Pour l'ANSSI, ils « sont souvent plus vulnérables » et il est « important de leur dédier un réseau » (Les Essentiels Wi-Fi, août 2026, écrit pour les entreprises). Le réseau invité de la box peut jouer ce rôle s'il est protégé par un mot de passe robuste et réellement isolé du réseau principal, à vérifier dans l'interface de la box. Sinon, suivez la CNIL : « supprimez le Wi-Fi invité ». Couverture : voyez notre article sur le Wi-Fi.

04Les fichiers : sur le stockage de l'entreprise

Un fichier rangé sur le bureau du PC disparaît avec lui en cas de vol ou de panne. La CNIL recommande de fournir des espaces de stockage partagés accessibles à distance, d'y ranger « toutes » les données, et de chiffrer les portables comme les clés USB (guide de la sécurité des données personnelles, fiche 7, version 2024 mise à jour en 2026).

Cybermalveillance.gouv.fr (mise à jour le 9 juin 2026) signale deux pièges : le stockage en ligne personnel, qui n'est pas conçu pour les entreprises, à n'utiliser qu'avec l'autorisation de l'employeur ; et la clé USB, qui doit être réservée au professionnel, jamais trouvée ni offerte.

05La confidentialité : écran, appels, papier

  • L'écran : l'ANSSI recommande un verrouillage automatique après 5 minutes d'inactivité au plus, et un filtre de confidentialité fourni par l'entreprise.
  • Les appels : la CNIL recommande de ne pas discuter d'informations sensibles en public ; à la maison, fermez la porte.
  • Le papier : ne laissez pas de documents sans surveillance (CNIL). L'ANSSI cite même l'imprimante personnelle parmi les équipements que le poste professionnel ne devrait pas joindre.
  • La visioconférence : la CNIL invite les employeurs à privilégier des outils qui permettent de flouter l'arrière-plan.

Le contrôle de l'activité obéit à d'autres règles : la CNIL exclut la webcam allumée toute la journée (voir caméras et salariés).

06Mises à jour et antivirus

Cybermalveillance.gouv.fr recommande d'utiliser des solutions antivirales professionnelles et d'appliquer les mises à jour de sécurité « dès qu'elles sont disponibles ». La CNIL conseillait, pour les recevoir, de se connecter au VPN au moins une fois par jour. Son guide ajoute un pare-feu activé et des droits limités pour l'utilisateur.

07Le téléphone

Avec l'application du standard sur l'ordinateur et un casque USB, le numéro du bureau suit le salarié : voir quel téléphone pour quel poste. Pour un appel d'urgence, les secours reçoivent l'adresse associée au numéro dans la liste d'abonnés de l'opérateur, pas celle du domicile du salarié ; un mobile transmet en plus le lieu d'où part l'appel (article D98-8 du Code des postes et des communications électroniques). Appelez donc les urgences depuis un mobile.

08Ce que dit le Code du travail

Le télétravail se met en place par un accord collectif ou, à défaut, par une charte de l'employeur, après avis du comité social et économique s'il existe. Sinon, employeur et salarié « formalisent leur accord par tout moyen » (article L1222-9).

L'employeur doit aussi informer le télétravailleur de « toute restriction à l'usage d'équipements ou outils informatiques » et des sanctions prévues, et organiser chaque année un entretien sur ses conditions d'activité et sa charge de travail (article L1222-10). Les règles de sécurité ont donc leur place dans la charte.

Les frais : l'allocation forfaitaire

L'employeur peut rembourser les frais au réel ou verser une allocation forfaitaire, exonérée de cotisations sociales sans justificatif jusqu'à ces montants en 2026 (Urssaf, page mise à jour le 27 octobre 2026) :

Allocation Par jour de télétravail Par mois, pour 1 jour par semaine
Sans accord collectif 2,70 €, dans la limite de 59,40 € par mois 11 €
Prévue par un accord de branche, professionnel, interprofessionnel ou de groupe 3,30 €, dans la limite de 72,60 € par mois 13,20 €

Bon à savoir

Au-delà, l'exonération reste possible si l'entreprise justifie les dépenses réelles. L'allocation ne se cumule pas avec le remboursement de l'usage du matériel informatique personnel.

09La checklist avant le premier jour

  1. Le cadre écrit : accord ou charte, règles de sécurité, personne à prévenir en cas de perte, de vol ou de message suspect.
  2. Un ordinateur de l'entreprise, chiffré, à jour, avec antivirus, pare-feu et verrouillage automatique.
  3. L'ergonomie : écran ou support, clavier, souris, casque.
  4. L'accès : VPN testé depuis la maison, double authentification sur le VPN, la messagerie et les applications en ligne.
  5. La box : mot de passe d'administration changé, logiciel à jour, WPA2 ou WPA3, WPS désactivé.
  6. Les objets de la famille sur un réseau invité protégé et isolé, ou Wi-Fi invité supprimé.
  7. Les fichiers sur le stockage de l'entreprise, ni cloud ni clé USB personnels.
  8. La confidentialité : pièce au calme, filtre d'écran si besoin, documents rangés le soir.
  9. Le téléphone : application du standard installée, casque testé, mobile pour les urgences.

En résumé

  • Travaillez sur un ordinateur fourni et géré par l'entreprise : l'ANSSI proscrit les équipements personnels.
  • VPN ou applications en ligne : dans les deux cas, double authentification.
  • Box sécurisée, objets connectés à part, fichiers sur le stockage de l'entreprise.
  • Un accord ou une charte écrits ; en 2026, l'allocation est exonérée jusqu'à 2,70 € par jour sans accord collectif.

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