Remplacer les clés d'un commerce ou d'un petit bureau par un clavier, des badges ou une application, c'est savoir qui peut entrer et ne plus changer la serrure à chaque clé perdue. Encore faut-il bien choisir : certains badges se copient facilement, et la biométrie est très encadrée au travail. Voici ce que vaut chaque solution, et comment la gérer au quotidien, d'après l'ANSSI et la CNIL.
01Le clavier à code : simple, mais le code circule
Un clavier à code, ou digicode, n'a rien à distribuer. C'est aussi sa faiblesse : un code commun finit par être connu bien au-delà de l'équipe, et le journal ne dit pas qui l'a tapé. Sur un clavier ancien, les touches les plus utilisées peuvent aussi s'user et trahir les chiffres.
Au départ d'un collaborateur ou d'un prestataire, le guide d'hygiène informatique de l'ANSSI (mesure 26, sur les locaux techniques) demande de « procéder au retrait des droits d'accès ou au changement des codes d'accès ». Avec un code par personne, on supprime seulement celui du partant. Associé à un badge, le code reste précieux : l'ANSSI le préfère à la biométrie, car il « peut être gardé secret, être modifié, et il est surtout révocable ».
02Le badge sans contact : tout dépend de la puce
Le guide de l'ANSSI sur le contrôle d'accès physique et la vidéoprotection (version 2.2 du 8 avril 2025, sans valeur obligatoire) distingue deux familles :
- Les badges qui donnent seulement un numéro, « comparables aux antivols dans les magasins ». L'ANSSI place les « transpondeurs 125 kHz et assimilés » (badges dits basse fréquence) et les cartes sans cryptographie (chiffrement), ou à cryptographie « défaillante ou propriétaire », au plus bas niveau de sa grille : ils sont « particulièrement vulnérables aux techniques de clonage ».
- Les badges chiffrés, comparables aux cartes bancaires : ils prouvent qu'ils détiennent un secret sans le révéler et, si le chiffrement est robuste, ne peuvent pas être clonés tant que ce secret reste protégé. L'ANSSI recommande une puce certifiée selon les Critères Communs, une norme internationale d'évaluation de sécurité (R33).
À retenir
Acheter des badges chiffrés ne suffit pas. L'installateur doit activer le chiffrement, « sans quoi les badges ne sont utilisés qu'en identification, et sont donc susceptibles d'être clonés », prévient l'ANSSI. Demandez par écrit quelle technologie est posée et si l'authentification des badges est activée.
03Le smartphone : pratique, mais déconseillé par l'ANSSI
Le téléphone peut servir de badge « virtuel », en NFC (la technologie du paiement sans contact, qui agit à quelques centimètres) ou en Bluetooth, dont la portée atteint plusieurs mètres. Plus de cartes à gérer, mais l'ANSSI déconseille « fortement » les badges virtuels qui n'offrent « aucune garantie quant au stockage sécurisé des secrets » (R35). La portée du Bluetooth « n'est pas adaptée au contrôle d'accès de locaux » : deux lecteurs proches peuvent réagir ensemble. Si l'on vous propose un badge virtuel, demandez où sont stockés ses secrets et réservez-le aux portes peu sensibles.
04La biométrie : l'exception au travail
Empreinte ou visage : rien à perdre ni à prêter. Mais la fiche de la CNIL sur l'accès aux locaux (mise à jour le 17 juin 2026) est nette : badge et code « doivent être privilégiés » dès qu'ils assurent une sécurité suffisante. La biométrie n'est possible « qu'à titre subsidiaire », si l'employeur démontre que rien d'autre ne suffit.
Le règlement type « biométrie sur les lieux de travail » (délibération n° 2019-001 du 10 janvier 2019) s'impose aux employeurs qui recourent à la biométrie. Selon la CNIL, si un badge suffit, si le besoin n'est que de confort ou si les locaux ne sont pas particulièrement sensibles, la réponse est non. Sinon, l'employeur doit justifier et documenter son choix, conserver en principe le gabarit (le modèle calculé à partir de l'empreinte) sur un support que garde le salarié, réaliser une analyse d'impact sur la protection des données (AIPD) et prévoir une solution de secours « sans contrainte ni surcoût ».
Pour l'ANSSI, les éléments biométriques « ne sont ni secrets ni révocables ». Dans un commerce ou un bureau sans zone sensible, la biométrie est donc rarement justifiée.
05La serrure connectée : un objet connecté comme un autre
Une serrure connectée se pilote depuis une application : pratique pour une porte isolée. Cybermalveillance.gouv.fr (fiche mise à jour le 5 octobre 2026) conseille de changer les codes fournis par défaut « dès la première utilisation » et d'installer sans tarder les mises à jour de l'objet et de son application. L'ANSSI recommande, elle, « fortement » les liaisons filaires pour le contrôle d'accès (R15). Le compte d'administration doit appartenir à l'entreprise.
06Le comparatif
| Moyen | Sécurité | Coût d'usage | En cas de perte | Départ d'un salarié |
|---|---|---|---|---|
| Code commun | Faible : il circule | Aucun support | Un code noté fuit sans bruit | Changer le code pour tous |
| Badge non chiffré (125 kHz) | Faible : copiable | Un badge par personne | Le désactiver | Le récupérer, le désactiver |
| Badge chiffré, bien paramétré | Élevée | Un badge par personne | Le désactiver | Le récupérer, le désactiver |
| Smartphone | Fortement déconseillé par l'ANSSI sans stockage sécurisé | Application à gérer | Retirer l'accès à distance | Retirer l'accès |
| Biométrie | Ni secrète ni révocable | Justification et AIPD | Rien à perdre | Supprimer le gabarit |
| Serrure connectée | Selon le modèle | Piles et mises à jour | Retirer l'accès | Supprimer l'utilisateur |
07Au quotidien : cinq règles de gestion
- Des droits limités dans le temps. L'ANSSI recommande une date de fin de validité sur chaque badge : trois ans au plus pour un salarié en CDI, renouvelables, un an au plus pour un prestataire en mission longue (R80 et R82). Ajoutez des plages horaires : un badge de livraison n'a pas à ouvrir le dimanche.
- Perte ou vol : désactiver sans délai (R85). En cas d'oubli, l'ANSSI prévoit un badge de dépannage valable 24 heures au plus, et la suspension du badge oublié.
- Départ : récupérer et désactiver, les droits étant « révoqués au plus tôt » (recommandation R81 de l'ANSSI). Pour le reste, suivez notre checklist arrivée et départ d'un salarié.
- Un journal des passages limité. Selon la CNIL, il devrait être supprimé 3 mois après son enregistrement. Le système « ne doit pas servir au contrôle des déplacements à l'intérieur des locaux », et un relevé conçu pour la sécurité ne peut pas servir à vérifier les horaires.
- Des salariés informés avant la mise en service. Le Code du travail interdit de collecter une information sur un salarié par un dispositif qui n'a pas été « porté préalablement à sa connaissance » (article L1222-4). La CNIL liste ce qu'il faut leur dire (finalités, destinataires, durée de conservation, droits) ; les représentants du personnel, s'il y en a, sont informés ou consultés avant. Si vous filmez aussi l'entrée, voir caméras et salariés.
Attention
Une porte contrôlée ne doit jamais bloquer une évacuation. L'ANSSI rappelle que le système doit pouvoir déverrouiller les accès en cas d'alarme, et qu'une panne ne doit pas gêner la sortie des personnes.
08Et l'alarme ?
Le même badge peut mettre l'alarme en marche et à l'arrêt, sans code à taper. Chaque salarié a le sien, que l'on supprime seul en cas de perte. L'historique indique qui a désactivé l'alarme : mêmes précautions que pour le journal des passages. Chez Kersys, le clavier lecteur de badges est une option des alarmes pour locaux professionnels, à partir de 151,20 € TTC (126 € HT), puis 7,80 € TTC (6,50 € HT) par badge supplémentaire. Pour les visiteurs, un portier vidéo IP permet d'ouvrir après avoir vu qui sonne.
En résumé
- Un code commun circule : préférez un code par personne ou un badge.
- Un badge n'est sûr que s'il est chiffré et que l'installateur a activé l'authentification.
- Smartphone : fortement déconseillé par l'ANSSI sans stockage sécurisé. Biométrie : réservée par la CNIL aux locaux qui l'exigent vraiment.
- Dates de fin de validité, désactivation immédiate, journal effacé après 3 mois, salariés informés avant la mise en service.
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